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À la rencontre d’André Lequet, mémoire vivante de la collection pédagogique de zoologie

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Aujourd’hui âgé de 87 ans, André Lequet est une figure incontournable de la Faculté des sciences et des techniques. Entré en 1964 presque par hasard, guidé par son amour des animaux… il en est ressorti, 33 ans plus tard, ingénieur des universités, décoré du grade d'officier des palmes académiques. De ses talents de naturaliste autodidacte et d’un engagement aux côtés des enseignants-chercheurs, nait un patrimoine scientifique unique, composé de plus de 1500 spécimens. De la rue Gambetta aux laboratoires du boulevard Michelet, retour sur l’histoire de la collection pédagogique de zoologie à travers le parcours d’André et ses anecdotes.

L’interview en bref, à retrouver en intégralité en fin d’article

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Des débuts modestes… et héroïques

Au début des années 1960, La Faculté des sciences était loin d’être ce qu’elle est aujourd’hui, et on peine à imaginer les quelques baraquements d’après-guerre, « coincés » entre la rue Gambetta et le haut du Jardin des plantes. Les murs en bois, les toitures en tôles d’acier ondulées et les planchers boiteux abritent alors les laboratoires de zoologie et de physiologie animale.

Le Professeur Robert Sellier lance un projet visionnaire : rassembler une collection d’échantillons d’animaux naturalisés pour illustrer la classification. Les premières pièces tiennent sur deux étagères dans une armoire métallique. C’est dans ce contexte, précisément le 1er octobre 1964, qu’André Lequet, jeune naturaliste amateur, intègre la Faculté en qualité de laborantin. Ce fut le début de 33 années de « bons et loyaux services ».

Une nouvelle ère sur le boulevard Michelet

En février 1965, c’est un tournant : le laboratoire quitte la rue Gambetta pour s’installer boulevard Michelet. Le changement est radical : bureaux individualisés, salle de réunion avec bibliothèque, local pour les collections, pièces pour l’élevage d’animaux… Sous l’impulsion de Jean-Claude Demaure (enseignant-chercheur qui venait de l’université voisine de Rennes) et André Lequet, s’est mise en place une série permanente de pièces naturalisées pour compléter les observations d’anatomie réalisées par les étudiants lors des nombreuses dissections, notamment celles du certificat de zoologie.


André Lequet posant avec le python Asiatique (photo 1)
André Lequet et le Pr. François Resch lors d'une chasse aux vipères (photo 2)

La grande majorité des animaux naturalisés ou préparés ont été initialement obtenus par “récupération” (mortalité routière, marées noires, abattoirs, “pertes” des expositions animalières, etc). Parallèlement se constituait une bibliothèque de zoologie au sens large du terme, dépassant nettement le cadre de l’entomologie, qui constituait la thématique majeure du laboratoire de recherche.

Ce travail de fond se poursuivra pendant des années, avec des activités complémentaires : photographies scientifiques, création de planches anatomiques, et même la gestion temporaire de l’un des tout premiers microscopes électroniques à balayage (MEB) de France.

Un musée pédagogique unique

En 1981, la collection est transférée dans un local dédié : la fameuse « salle de collection pédagogique de zoologie », toujours en activité aujourd’hui. Ce nouvel espace permet d’accueillir de petits groupes d’étudiants pour des travaux pratiques illustrés, et marque une nouvelle étape dans la reconnaissance pédagogique de la collection.

L’ensemble réalisé sous l’égide du Pr. Sellier a été complété par la suite sous la responsabilité successive d’Yves Maillard (maître assistant) puis de Joseph Baudet (maître de conférences), avec principalement des travaux sur les termites et des microdissections en tout genre. L’enrichissement des collections s’est fait plus épisodique, mais néanmoins non négligeable jusqu’au départ à la retraite d’André Lequet en 1997. Ce dernier, au gré de ses années de travail acharné, était devenu ingénieur des universités (et, de plus, Officier des Palmes Académiques).

Des pièces remarquables et un héritage assuré

La collection compte aujourd’hui plus de 1 550 échantillons, dont certaines pièces remarquables : le squelette complet d’une autruche géante, un python réticulé de 5,5 mètres, un dauphin, un phoque, un brochet d’un mètre, une vache de race nantaise… Sans oublier quelques curiosités anatomiques comme l’os cardiaque d’une vache ou une série d’os péniens. Dans les années 90, elle est répertoriée par le Muséum d’Histoire Naturelle de Nantes, ce qui lui confère une protection légale et en assure la pérennité. Cet ensemble constitue un patrimoine scientifique et pédagogique inestimable, à la croisée de la recherche, de la transmission des savoirs et de l’histoire universitaire. Une véritable capsule temporelle, témoin de générations d’étudiants.

Depuis un peu plus de dix ans, un travail de longue haleine de réorganisation des armoires, de gestion et d’entretien de la collection est mené. Elle s’est également ouverte à de nouvelles pratiques, comme le dessin naturaliste, la photographie, photogramme, ainsi qu’à des visites et expositions.
Elle reste aujourd’hui un outil de transmission précieux, une invitation à l’observation concrète, comme le dit avec malice André Lequet : « avoir le nonos dans ses pognes c’est quand même autre chose ».

Un grand merci à André Lequet,
Pour avoir façonné, pièce après pièce, avec passion et minutie un trésor inestimable.


Interview complète d’André Lequet 

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Mis à jour le 26 mars 2026.